Européennes : La ministre veut dissuader les patrons de voter RN


Alors que les sondages placent Jordan Bardella en position dominante pour les élections européennes du 9 juin, Olivia Grégoire, la ministre en charge des Entreprises, du Tourisme et de la Consommation, lance une offensive destinée à dissuader les petits chefs d’entreprise de voter pour le Rassemblement National.

Les manœuvres du gouvernement face à la montée du Rassemblement National

La période de réserve entourant les élections européennes, en vigueur depuis le lundi 27 mai, n’empêche en rien les membres du gouvernement d’arborer leur casquette de militants. Olivia Grégoire, ministre déléguée chargée des Entreprises, du Tourisme et de la Consommation, en est un parfait exemple. Elle s’évertue à convaincre les petits entrepreneurs, nombreux à être séduits par le discours de Jordan Bardella du Rassemblement National (RN), d’éviter de glisser ce bulletin dans l’urne le 9 juin.

Olivia Grégoire a longuement étudié le programme, les interventions publiques et les positions du RN. Elle a compilé ses recherches dans un document de cinq pages intitulé « Livret contre l’imposture économique du RN ». Cet ouvrage sert de base à un tract de campagne, élaboré en particulier pour une cible spécifique : commerçants, artisans et petites entreprises, soutenu par Valérie Hayer, une autre figure politique.

Un Livret virulent contre le RN

Grégoire n’y va pas de main morte dans ce document. Elle y énumère les raisons pour lesquelles, selon elle, « le vote RN est néfaste pour votre entreprise. » À titre d’exemple, elle mentionne la contradiction du RN qui souhaite « redonner le goût du travail » mais a voté contre la conditionnalité du RSA à 15 heures d’activité. De plus, le parti s’oppose à la réforme de l’assurance-chômage et à la régularisation des travailleurs sans papiers dans les secteurs en tension.

À Bruxelles, le RN s’abstient sur les initiatives au niveau européen telles que le salaire minimum, alors que, selon Grégoire, il dénonce la concurrence déloyale des travailleurs européens à Paris. La ministre reproche également à Jordan Bardella de vouloir « contrôler les marges des entreprises » et compare sa stratégie avec celle de La France Insoumise : « LFI et RN, même vote, même combat. »

Débats houleux et distribution de tracts

Les macronistes voient l’ascension du RN dans divers segments de la population avec une grande inquiétude. Ils ne sous-estiment pas la campagne de séduction que mène Jordan Bardella auprès des petits patrons, partagés entre les opportunités économiques offertes par l’Europe et leur fatigue vis-à-vis des normes. Olivia Grégoire a donc pris les devants en organisant, le jeudi 23 mai, un débat avec une centaine d’entrepreneurs. Ces derniers ont mis la ministre sur la sellette sur des questions cruciales comme les factures d’énergie, la concurrence chinoise et les normes complexes.

Loin de se laisser décourager, Olivia Grégoire prévoit de réitérer l’expérience dans les jours à venir. Elle a aussi programmé une campagne de distribution de tracts auprès des commerçants dans l’espoir de convaincre ces derniers de ne pas succomber aux sirènes du RN. « Nous sommes en train de perdre le monde du travail, » prévient l’un de ses collègues au gouvernement, qui ajoute : « ceux qui travaillent ont l’impression d’être exploités. »

L’initiative de Grégoire, aussi exhaustive soit-elle, pourrait bien être une stratégie cruciale pour relever les défis électoraux à venir, tout en mettant en lumière les enjeux économiques fondamentaux pour la France.